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Rencontre : Prix Montaigne 2014
16-05-2014
Prix Montaigne 2014

Philippe Raynaud récompensé pour son ouvrage "La politesse des lumières : Les lois, les moeurs, les manières" paru aux éditions Gallimard

DOTATION 2014


Domaine de Chevalier 2002
Château Larrivet-Haut-Brion 2000
Château La Louvière blanc 2007
Château La Mission Haut-Brion 2004
Château Beychevelle 2005
Château Calon Ségur 2006
Château Fourcas Hosten 2010
Château d’Issan 2008
Château Lanessan 2003
Château Léoville Barton 2008
Château d’Armailhac, Château Clerc Milon et Le Petit Mouton
de Mouton Rothschild 2004
Château Phélan Ségur 2005
Château Rauzan Ségla 2006
Château Belair 1997
Château Figeac 2009
Château Fombrauge 2006
Château Latour Pomerol 2009
Château Trotanoy 2006
Carmes de Rieussec 2008
Château La Tour Blanche 2009

 Discours de Nicolas de Bailliencourt dit Courcol,
Grand Chancelier de l'Académie du Vin de Bordeaux

Monsieur le Premier Ministre et Maire de Bordeaux,
Monsieur le Président du Jury du Prix Montaigne,
Mesdames Messieurs et chers amis.
Monsieur et cher Lauréat du Prix Montaigne,

Civilité, politesse, respect, courtoisie ou comportement citoyen… ces mots semblent venus d’ailleurs et paraissent étranges de nos jours.
Cet héritage de l’Ancien Régime que certain considère comme désuet voire suspect, nous dites vous, plonge en fait ses racines peut-être dans la chevalerie du Siècle de Saint Louis, revisité, comme on dit aujourd’hui, par le Siècle de Louis XIV, la société du 19ème siècle mais surtout, dans le Siècle des Lumières.
Cet héritage historique « qui a même traversé les affres de 1793 », écrivez-vous, « est aussi essentiel à la démocratie qu’à la vie en société, même la société la plus ordinaire ».
Ces mots qui semblent appartenir au passé sont en réalité loin d’être démodés. Ils ont d’ailleurs fait l’objet d’études très fouillées de la plupart des philosophes, ceux des Lumières en particulier, qui leur ont donné peu à peu une profondeur qu’ils n’avaient peut être pas acquise jusque là : Hume, Rousseau, Voltaire, Kant mais également ces philosophes, ces moralistes et ces écrivains de tous les siècles, connus ou moins connus : le Chevalier de Jaucourt, le janséniste Nicolle, Pascal, La Bruyère, La Rochefoucauld, Montesquieu ou Montaigne, le cynique Talleyrand, Madame de Staël, Tocqueville ou Stendhal…
Mais ces mots –vous nous le rappelez, cher Monsieur- ne sont ils pas souvent pour les dominants une façon de préserver leur différence, leur autorité, leur égoïsme ? La politesse n’est-elle pas le moyen le plus sûr de marquer la distance qui vous sépare d’autrui, un moyen de marquer la condescendance, voir le mépris ? Vous nous rappelez ce propos de La Bruyère parlant de la politesse des hommes de cour qui fait penser à « ces bâtiments de marbre fort polis à l’extérieur mais fort durs à l’intérieur ». La Politesse a toujours été accolée à des interrogations dubitatives : sincérité, duplicité et plus largement moralité ?
« La politesse, la civilité ne sont pas la moralité mais elles contribuent à rendre le droit et la moralité possibles », précisez-vous. La politesse nous dit encore la Bruyère n’inspire pas toujours la bonté, l’équité, la gratitude, elle en donne du moins les apparences et fait paraître l’homme au dehors comme il devrait être au-dedans. « L’esprit de politesse fait en sorte que, par nos paroles et nos manières, les autres soient contents de nous, d’eux-mêmes, et nous de nous mêmes ». Mais, politesse et civilité, pour être justes, doivent être impérativement gouvernées par les règles de l’honneur.
Notre civilité moderne européenne doit beaucoup à la France et aussi, pour être honnête, à l’Angleterre. Cette civilité, et c’est là le thème de votre ouvrage, s’est forgée et peaufinée, notamment au cours du siècle des Lumières, en fonction des évolutions et des divergences de conception de la politesse et des manières, à Paris, Londres, Genève, Berlin, Washington ou Rome, et aussi grâce aux confrontations entre les monarchies absolues et parlementaires, entre les Républiques naissantes, sans oublier les heurts entre protestants et catholiques.
De ces confrontations, finement analysées par les philosophes, les moralistes et les plus grands auteurs des siècles passés, a résulté un polissage commencé au siècle de Louis XIV, qui s’est épanoui au siècle des Lumières jusqu’au 19ème, duquel est née une civilité, une Civilisation avec un grand C, forgée en Europe, et qui a finalement servi de modèle au monde.
On peut rapprocher politesse, civilité et vins, vins de Bordeaux naturellement -même si nous sommes là assez loin des hautes sphères de la philosophie et de la psychologie-. En effet le vin va de pair avec la civilité et la civilisation. D’ailleurs ne parle-t-on pas de « civilisation du vin » ? N’en déplaise aux Savonaroles de l’Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie. Comme en réponse à leur campagne sectaire nous aurons très bientôt, à Bordeaux, un centre des Civilisations du vin.
Le vin favorise, jusqu’à un certain point, la civilité, les relations policées, la diplomatie, bien qu’au-delà d’une consommation raisonnable il aurait plutôt tendance à nous en éloigner… En tout cas il est le plus souvent un témoignage de la politesse et de la considération qu’un hôte porte à son commensal ; et il peut aussi être l’occasion de mettre en pratique un savoir-faire en politesse lorsqu’il faudra parler d’un vin que l’on n’aime pas… On retombera alors dans la problématique de « politesse et sincérité » ; mais la faute ne sera pas bien grande car elle permettra à tout le monde d’être content, à défaut d’être dupe.
Toujours est-il que l’Académie du Vin de Bordeaux vous a réservé, cher Monsieur, quelques flacons qui je l’espère vous réjouiront. Ils récompensent ce prix Montaigne. Aussi ai-je le plaisir de vous offrir ces vins de Bordeaux au nom de tous nos membres, avec leurs félicitations, pour la « Politesse des Lumières », en toute civilité bien sûr, sincère et respectueusement amicale.

 

 

 

 
Discours de Philippe Raynaud, auteur de "La politesse des lumières"

Monsieur le Président, Monsieur le Grand Chancelier, Monsieur le Secrétaire du jury, Monsieur le Maire, Mesdames, Messieurs,

Je suis très ému d’être ici pour recevoir le Prix Montaigne, qui est pour moi une source à la fois d’honneur, de bonheur, et de plaisir.

   D’honneur, parce que ce prix  récompense un essai illustrant des valeurs – ou mieux : des vertus – que je m’efforce de servir de mon mieux : « l'ouverture et la liberté d'esprit, ainsi que l'humanisme sans frontières qui furent ceux de Michel de Montaigne ». Je suis d’autant plus honoré que je m’inscris ainsi dans une série déjà longue de lauréats brillants et prestigieux dont j’espère ne pas être indigne et  dont certains sont d’ailleurs mes maîtres et mes amis.

   De bonheur d’être avec vous dans cette ville magnifique qui illustre magnifiquement l’esprit des Lumières, telles que les a comprises un autre grand Bordelais, Montesquieu pour qui le progrès de la liberté des Modernes passait par une appropriation créatrice de ce qu’il y a avait de meilleur dans l’héritage du passé, et dont le patriotisme français allait de pair avec un esprit authentiquement cosmopolite.

   De plaisir, enfin : celui que me donne la conversation qui s’est déjà engagée grâce aux précédents orateurs, mais aussi – ne l’oublions pas ! –, celui  que promet ce prix, constitué de vins admirables  qui prendront naturellement place dans le cadre d’une activité qui permet, selon Emmanuel Kant,  d’accorder le «bien-vivre»  avec l’humanité et qui nous donne ainsi une image du souverain bien : «un bon repas pris en bonne compagnie».

   Le livre que le jury du prix Montaigne a choisi d’honorer porte sur la période des Lumières, dans laquelle la civilité acquiert une dignité nouvelle, parce qu’elle apparaît comme un prolongement de la sociabilité naturelle et comme le moyen de  soutenir les lois par la grâce des manières mais où le statut moral de la politesse oscille entre l’admiration pour l’éclat de la France monarchique et l’inquiétude, voire la réprobation, devant le caractère parfois superficiel que peut avoir cette forme plus raffinée de la civilité. Il met en scène une conversation où Montesquieu occupe une place centrale, car celui-ci, tout en faisant l’éloge de  la simple civilité des Anglais, fait néanmoins des « manières » le principal ressort de la liberté française. Ces débats sont certes postérieurs à Montaigne, mais ils s’inscrivent dans la voie que celui-ci avait ouverte avec quelques autres grands esprits comme Erasme, Castiglione ou Gracian ;  mais  Montaigne nous a aussi rappelé pourquoi la simplicité reste toujours la règle suprême en manière de civilité : « j’ai vu souvent – dit-il – des hommes incivils par trop de civilité, et importuns de courtoisie » - et c’est pour obéir à cette règle que je m’en tiendrai là.

 

 

 


Alain Duhamel, Président du Prix Montaigne

 


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